Construire une ville ou un site, ce n’est pas seulement élever des bâtiments et tracer des rues ou des piétonniers, c’est aussi leur donner des noms. Sur les deux sites, la toponymie n’est pas le fruit du hasard. Après les premiers achats de terrains, au lieudit le Champ de Lauzelle, avant même que soit décidé le transfert complet, on a parlé du plateau de Lauzelle pour désigner le site sur lequel devait s’implanter l’UCL. C’était ce nom de Lauzelle qui était retenu lors de l’exposition organisée à partir du 25 octobre 1969, dans le bâtiment qui allait devenir le premier laboratoire de génie civil. L’événement a été répercuté dans la presse et certains se sont réjouis de voir promu un nom de lieu riche d’une tradition remontant au XIIe siècle.
Après cette exposition, Jules Herbillon, le spécialiste de la toponymie wallonne, rédige une note sur ce qu’il considère comme « un toponyme d’avenir : Lauzelle, à Ottignies ». Pour beaucoup, cependant, Lauzelle n’avait pas une notoriété suffisante et il avait surtout le grand désavantage de marquer une rupture qui pouvait représenter l’abandon résigné d’une partie de la tradition de l’institution.
Bien d’autres propositions furent avancées pour désigner la nouvelle ville, notamment Louvain-Lauzelle, Louvain-la-Neuville, Louvain-Nouveau, Louvain français, Louvain-lez-Ottignies, etc. Presque toutes contenaient l’élément Louvain et avaient en commun de proclamer que la section francophone tenait à assumer le passé prestigieux de l’Université. Bien qu’ils aient évité de l’affirmer publiquement, ceux qui préparaient le déménagement ont eu très tôt une nette préférence pour Louvain-la-Neuve. Ils y voyaient affirmés à la fois le désir de conserver et de faire vivre, dans l’université à transférer, la tradition et tout le patrimoine culturel de l’institution fondée en 1425, ainsi que la volonté de profiter d’événements douloureusement ressentis par beaucoup, pour que le site devienne un lieu d’innovation, une « ville universitaire d’avenir ».
Est-ce la presse qui fit le succès de Louvain-la-Neuve ? Toujours est-il que le nom apparut publiquement pour la première fois dans le journal Vers l’Avenir, le 28 octobre 1968. Les autorités de l’Université ont hésité pendant quelque temps, puis, le 11 janvier 1971, le Conseil académique se prononça définitivement en faveur de Louvain-la-Neuve, après avoir constaté que la dénomination concurrente, Louvain-la-Neuville, était « tombée en désuétude ».
Quoique les acteurs de l’époque ne s’accordent pas sur les circonstances précises de la création du nom Louvain-la-Neuve, il est certain qu’il a été lancé et diffusé dès septembre 1968 par Simon-Pierre Nothomb, directeur du Service des relations extérieures de l’Université et originaire du village gaumais de Habay-la-Neuve. Le nouveau nom sonnait bien et il était construit sur un modèle existant dans la toponymie de la Wallonie depuis le moyen âge.
Il présentait pourtant certains inconvénients, notamment sa longueur, surtout après la fusion de 1976, qui englobait la nouvelle ville dans la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Plus grave : il risquait d’être confondu avec Louvain-Leuven. De nos jours encore, il se produit parfois des erreurs dans le libellé du courrier, principalement celui qui est envoyé de l’étranger. Le nom de la gare inaugurée en 1975, Louvain-la-Neuve-Ottignies, était aussi source de méprises ; heureusement, il est devenu Louvain-la-Neuve-Université. Les organisateurs de réunions scientifiques ont beau donner des explications précises à leurs invités, il arrive fréquemment que des visiteurs attendus à Louvain-la-Neuve aboutissent à Louvain-Leuven et inversement. Actuellement encore, des voyageurs belges se trompent de Louvain...
De quel nom hériteraient les habitants de la nouvelle ville ? L’usage a hésité quelque temps entre novo-louvaniste et néo-louvaniste ; c’est ce dernier qui s’est imposé.